Science et paranormal : ces phénomènes inexpliqués que les chercheurs ont étudiés
Pressentiment, précognition, perception à distance, sixième sens animal… La science s’est-elle réellement intéressée à ce que nous appelons le paranormal ?
Pendant longtemps, le paranormal a été associé à un imaginaire très particulier : boules de cristal, fantômes, tables qui tournent, sorcières et phénomènes extraordinaires.
Pourtant, derrière ce folklore existent aussi des questions beaucoup plus sérieuses.
Peut-on ressentir quelque chose avant qu’un événement ne survienne ?Notre corps peut-il réagir à une information que notre conscience ne possède pas encore ?Certaines informations peuvent-elles être perçues sans passer par les voies sensorielles habituelles ?Les animaux possèdent-ils des sens auxquels l’être humain n’a pas accès ?
Ces questions peuvent sembler étranges.
Elles ont pourtant fait l’objet d’expériences, de publications scientifiques, de méta-analyses et même de programmes de recherche financés par des organismes gouvernementaux.
Cela ne signifie pas que la science ait démontré l’existence de la voyance, de la télépathie ou de la précognition.
Mais cela raconte quelque chose de beaucoup plus intéressant à mes yeux : un phénomène inexpliqué peut être étudié sans être automatiquement considéré comme absurde.
En résumé
La science n’a pas établi l’existence d’un « sixième sens » humain permettant de connaître l’avenir. Elle a cependant étudié différents phénomènes associés à la parapsychologie : réactions physiologiques anticipatoires, précognition expérimentale, perception dite extrasensorielle, télépathie en condition Ganzfeld ou encore vision à distance.
Certaines études et méta-analyses rapportent de petits effets statistiques difficiles à expliquer, tandis que d’autres expériences ne parviennent pas à les reproduire. Le débat porte donc notamment sur la reproductibilité, les méthodes expérimentales et l’interprétation des résultats.
Parallèlement, l’étude du monde animal montre que certaines espèces perçoivent réellement des informations auxquelles nos sens humains ne nous donnent pas directement accès, comme le champ magnétique terrestre.
Entre preuve, hypothèse et phénomène encore inexpliqué, il reste donc un vaste territoire pour la recherche, parlons maintenant de science et de paranormal.
Qu’appelle-t-on réellement un phénomène « paranormal » ?
Le mot lui-même peut prêter à confusion.
« Paranormal » est souvent compris comme synonyme de surnaturel.
Pourtant, lorsqu'un phénomène n'a pas encore d'explication scientifique satisfaisante, cela ne signifie pas nécessairement qu'il échappe aux lois de la nature.
Il peut simplement manquer une explication.
L'American Psychological Association définit d'ailleurs la parapsychologie comme l'étude systématique de phénomènes supposés impliquant un transfert d'information ou d'énergie qui ne peut être expliqué par les connaissances scientifiques actuellement disponibles. Elle précise également que ce domaine reste accueilli avec beaucoup de scepticisme par la majorité des scientifiques, notamment en raison des difficultés de réplication rencontrées dans cette littérature. (Dictionnaire APA de la psychologie)
Cette distinction est essentielle.
Étudier un phénomène n'est pas reconnaître qu'il existe.
Mais considérer qu'une question mérite d'être étudiée n'est pas non plus la rejeter.
Notre cerveau passe déjà son temps à anticiper
Avant même d'aborder la précognition, il faut rappeler quelque chose de beaucoup moins mystérieux : anticiper fait partie du fonctionnement normal du cerveau.
Notre cerveau utilise continuellement les informations dont il dispose, notre expérience et les régularités de notre environnement pour prédire ce qui risque de se produire ensuite.
La neuroscience contemporaine étudie abondamment ces mécanismes prédictifs. Nos attentes peuvent même modifier l'activité neuronale avant qu'un stimulus attendu n'apparaisse. (Nature)
Cela permet probablement d'expliquer une partie de ce que nous appelons communément l'intuition.
Une expression du visage, une hésitation, un bruit inhabituel, une situation déjà rencontrée peuvent être traités par notre cerveau avant même que nous ayons consciemment compris ce qui nous alerte.
Nous pouvons alors avoir l'impression de « sentir » quelque chose.
Mais certains chercheurs se sont intéressés à une question beaucoup plus déroutante :
que se passe-t-il lorsque l'événement à anticiper est supposé être aléatoire et imprévisible ?
Le corps peut-il réagir avant un événement imprévisible ?
C'est précisément le sujet que j'avais déjà évoqué dans un ancien article consacré au sixième sens.
Des expériences ont consisté à mesurer différents paramètres physiologiques chez des participants avant la présentation aléatoire de stimuli différents, notamment des images neutres ou émotionnellement fortes.
En 2012, Julia Mossbridge, Patrizio Tressoldi et Jessica Utts ont publié dans Frontiers in Psychology une méta-analyse portant sur 26 rapports expérimentaux publiés entre 1978 et 2010.
Les études mesuraient notamment :
l'activité électrodermale ;
le rythme cardiaque ;
le volume sanguin ;
la dilatation des pupilles ;
l'activité cérébrale par EEG ;
ou encore le signal BOLD utilisé en imagerie cérébrale.
Les auteurs ont rapporté un petit effet anticipatoire statistiquement significatif : certaines différences physiologiques semblaient apparaître avant que le stimulus futur, pourtant sélectionné de manière conçue pour être imprévisible, soit présenté. (Frontiers)
Et j'aime particulièrement le vocabulaire qu'ils ont choisi.
Ils parlent d'« activité anticipatoire inexpliquée » plutôt que d'affirmer avoir découvert la précognition.
Ils indiquent également que, si l'effet est réel, sa cause doit relever d'un processus naturel, même si celui-ci reste à déterminer. (Frontiers)
C'est très différent de dire :
« La science a prouvé le sixième sens. »
Elle ne l'a pas fait.
Mais des chercheurs ont observé quelque chose qu'ils ont estimé suffisamment intéressant pour continuer à l'étudier.
Peut-on « sentir le futur » ? Les expériences de Daryl Bem
En 2011, le psychologue Daryl Bem, de l'université Cornell, a provoqué un débat considérable en publiant dans le Journal of Personality and Social Psychology une série de neuf expériences.
Le principe était particulièrement audacieux : reprendre certains phénomènes psychologiques connus mais, en quelque sorte, inverser l'ordre temporel habituel.
Bem rapportait des résultats qu'il interprétait comme compatibles avec une influence d'événements futurs aléatoires sur des réponses produites auparavant. (PubMed)
En 2015, Bem et plusieurs coauteurs ont publié une méta-analyse portant sur 90 expériences menées dans 33 laboratoires et 14 pays. Ils rapportaient un effet global faible mais statistiquement significatif, y compris lorsque les expériences originales de Bem étaient retirées. (PubMed)
On pourrait être tenté de s'arrêter là.
Ce serait une erreur.
Car l'histoire scientifique ne s'est justement pas arrêtée là.
Quand la science essaie de reproduire les résultats
La reproductibilité est l'une des questions fondamentales de la recherche scientifique.
Une expérience surprenante devient beaucoup plus convaincante lorsque des équipes indépendantes peuvent obtenir le même résultat dans des conditions rigoureusement contrôlées.
Et les expériences de précognition de Bem ont justement suscité de nombreuses tentatives de réplication.
Une très grande étude publiée récemment a repris l'une de ses expériences avec des protocoles conçus pour réduire les risques de biais et de faux positifs. Elle a regroupé 26 483 participants et plus de 420 000 essais critiques.
Le résultat ?
L'effet de précognition initialement annoncé n'a pas été reproduit de manière robuste. Une expérience a produit un résultat dans la direction opposée, une deuxième l'a retrouvé, puis une troisième n'a pas réussi à reproduire ce nouvel effet. (PubMed)
Et voilà pourquoi ce sujet est beaucoup plus passionnant lorsqu'on raconte toute l'histoire.
Nous avons des publications rapportant des effets.
Nous avons des méta-analyses qui les retrouvent.
Nous avons également des expériences particulièrement puissantes qui ne parviennent pas à les reproduire.
Ce n'est donc pas une démonstration de la précognition. C'est une question scientifique controversée.
Télépathie et expériences Ganzfeld : plus de quarante ans de recherches
Autre domaine étonnamment étudié : la transmission d'informations sans communication sensorielle conventionnelle.
L'une des méthodes les plus connues s'appelle le Ganzfeld.
Un participant est placé dans un environnement où les stimulations sensorielles sont fortement uniformisées. Dans certaines expériences, une autre personne se concentre sur une image ou une vidéo choisie aléatoirement.
Le participant doit ensuite tenter d'identifier la cible.
L'objectif est d'éliminer autant que possible les moyens ordinaires par lesquels l'information pourrait lui parvenir.
Une méta-analyse récente a examiné 113 études Ganzfeld réalisées entre 1974 et 2020. Les auteurs rapportent un effet moyen faible mais statistiquement robuste selon leurs analyses, tout en reconnaissant notamment que le biais de publication ne peut être totalement exclu. (PubMed Central (PMC))
Là encore, ces résultats restent discutés.
Mais plus de quarante années d'expériences montrent au moins une chose :
la possibilité d'une perception sans canal sensoriel conventionnel a réellement été soumise à l'expérimentation.
Quand les services de renseignement américains ont étudié la « vision à distance »
C'est probablement l'épisode le plus étonnant de cette histoire.
Pendant plusieurs années, des organismes américains ont financé des recherches portant sur le remote viewing, ou vision à distance.
L'objectif consistait à déterminer si certaines personnes pouvaient obtenir des informations sur une cible éloignée qu'elles ne pouvaient normalement ni voir ni connaître.
Le programme a notamment été associé au nom STARGATE.
Et ce n'est pas une légende urbaine : une partie importante des archives a été déclassifiée.
La CIA indique elle-même qu'une évaluation indépendante réalisée en 1995 avait conclu que certains résultats semblaient dépasser ce qui serait attendu du hasard, mais que les performances étaient trop irrégulières, incohérentes et sporadiques pour être utilisables comme outil de renseignement. Le programme n'a donc pas été rétabli. (CIA)
Cette histoire résume finalement assez bien tout notre sujet.
Le gouvernement américain n'a pas « prouvé la clairvoyance ».
Mais des institutions suffisamment pragmatiques pour chercher des renseignements exploitables ont néanmoins considéré pendant un temps que la question méritait d'être testée.
Et si notre idée du « sixième sens » était trop limitée ?
Le monde animal apporte ici un détour absolument fascinant.
Nous avons tendance à observer le monde à travers nos propres sens.
Ce que nous ne percevons pas nous paraît parfois étrange.
Pourtant, d'autres espèces vivent littéralement dans une réalité sensorielle différente de la nôtre.
Prenons la magnétoréception.
Des oiseaux, des tortues marines, des poissons, des crustacés et des insectes sont capables d'utiliser le champ magnétique terrestre pour s'orienter. Cette capacité est aujourd'hui bien documentée, même si les mécanismes biologiques précis restent encore étudiés. (Nature)
Et l'histoire scientifique est assez savoureuse : la capacité des animaux à percevoir le champ magnétique terrestre fut autrefois considérée comme physiquement invraisemblable. Elle est aujourd'hui reconnue chez différentes espèces. (Nature)
Cela ne prouve évidemment pas la télépathie humaine.
Mais cela devrait peut-être nous rendre un peu plus prudents avant d'affirmer que ce que nous ne savons pas percevoir ne peut pas être perçu.
Les animaux sentent-ils réellement les catastrophes naturelles ?
Nous connaissons tous ces histoires : oiseaux qui s'envolent, chiens qui deviennent agités, animaux qui quittent une zone avant un séisme.
Certaines remontent à l'Antiquité.
Mais ici encore, il faut distinguer le fascinant du démontré.
Le service géologique américain, l'USGS, indique qu'il existe de très nombreux témoignages de comportements inhabituels avant des séismes, mais qu'aucun comportement animal reproductible et suffisamment fiable n'a été identifié pour permettre de prédire les tremblements de terre. (USGS)
En revanche, certains comportements précédant immédiatement une secousse ont une explication parfaitement naturelle.
Les animaux peuvent être sensibles aux premières ondes P, plus rapides et moins perceptibles pour beaucoup d'humains, avant l'arrivée des ondes plus fortes. (USGS)
Et je trouve cet exemple formidable.
Ce qui peut nous apparaître comme un pressentiment extraordinaire peut parfois être une perception tout à fait réelle d'un signal auquel nous sommes beaucoup moins sensibles.
Mystère et explication scientifique ne sont donc pas nécessairement ennemis.
Inexpliqué ne signifie pas surnaturel
C'est probablement la phrase la plus importante de cet article.
Lorsqu'un phénomène reste inexpliqué, plusieurs possibilités existent.
Nous pouvons être face à un biais expérimental.
À un hasard statistique.
À une erreur d'interprétation.
À un mécanisme psychologique ou biologique encore mal compris.
Ou éventuellement à un phénomène dont nous ne possédons pas encore l'explication.
La bonne réponse scientifique n'est donc ni :
« C'est paranormal, donc c'est vrai. »
ni :
« Cela semble impossible, donc cela n'existe pas. »
Elle est beaucoup moins spectaculaire :
« Essayons de comprendre. »
La science elle-même est née de questions qui paraissaient impossibles
Notre compréhension de la réalité est déjà profondément déroutante.
La matière qui nous semble solide est constituée d'atomes.
Notre planète tourne sur elle-même tout en parcourant son orbite autour d'une étoile.
Cette étoile n'est qu'une parmi des centaines de milliards d'autres dans notre galaxie, elle-même l'une des innombrables galaxies observables.
La physique moderne décrit des phénomènes qui défient souvent notre intuition quotidienne.
Cela ne signifie pas que tout devient possible.
Et certainement pas qu'une théorie physique complexe peut servir de preuve à n'importe quelle affirmation paranormale.
La théorie des cordes, les dimensions supplémentaires ou les différentes hypothèses cosmologiques concernant d'autres univers sont des constructions théoriques étudiées en physique ; elles ne constituent pas une validation de la voyance.
Mais elles nous rappellent quelque chose d'essentiel :
notre intuition humaine n'est pas la mesure de ce que la nature a le droit de faire.
Pourquoi le mot « paranormal » me paraît finalement moins extraordinaire
Pour ma part, c'est peut-être là que mon regard diffère.
Je pratique la voyance depuis de nombreuses années. Je ne cherche pas à transformer mon expérience personnelle en démonstration scientifique, pas plus que je ne prétends connaître le mécanisme qui pourrait expliquer certaines perceptions.
Mais je ne ressens pas non plus le besoin de placer systématiquement ces expériences dans quelque chose de fantastique ou de surnaturel.
Nous vivons déjà sur un petit morceau de matière lancé dans l'espace autour d'une gigantesque étoile, au milieu d'un univers dont nous ne comprenons encore qu'une partie.
La nature est remplie d'animaux capables de percevoir des signaux que nous ne percevons pas.
Notre propre cerveau traite continuellement des informations sans que notre conscience en soit informée.
Et certaines expériences scientifiques continuent de poser des questions auxquelles les réponses ne sont pas encore définitives.
Alors peut-être que certains phénomènes aujourd'hui qualifiés de « paranormaux » le resteront.
Peut-être que certains recevront un jour une explication parfaitement ordinaire.
Et peut-être que d'autres disparaîtront simplement lorsque les méthodes expérimentales progresseront.
Je n'ai aucun besoin de choisir à l'avance.
Le conseil de Chantal
Gardons deux portes ouvertes : celle de la curiosité et celle de l'esprit critique.Croire aveuglément à tout ce qui semble mystérieux ne nous rapproche pas davantage de la vérité que rejeter systématiquement ce que nous ne savons pas encore expliquer.
La science avance précisément parce qu'elle accepte de poser des questions.
Science et paranormal : faut-il vraiment les opposer ?
Probablement moins qu'on ne l'imagine.
La science n'a pas reconnu la voyance, la précognition ou la télépathie comme des capacités humaines établies.
Il serait donc trompeur de le prétendre.
Mais il serait tout aussi faux d'affirmer que personne n'a jamais étudié sérieusement les phénomènes auxquels ces mots font référence.
Des expériences ont été réalisées. Des résultats ont été publiés. Certains effets ont été rapportés. Des critiques ont été formulées. Des réplications ont échoué. D'autres analyses continuent d'alimenter le débat.
C'est ainsi que fonctionne la recherche.
Et peut-être qu'au fond, le paranormal perd une partie de son caractère fantasque dès lors qu'on cesse de lui demander d'être immédiatement soit une vérité absolue, soit une absurdité.
Il devient simplement une question :
« Que se passe-t-il réellement ? »
Et cette question-là est profondément scientifique.
Chantal Vitalis
FAQ
La science a-t-elle prouvé l'existence du sixième sens ?
Non. Il n'existe actuellement pas de consensus scientifique établissant chez l'être humain un sixième sens permettant de connaître des événements futurs. Certaines expériences rapportent néanmoins des phénomènes anticipatoires qui restent discutés. (Frontiers)
La précognition a-t-elle été étudiée scientifiquement ?
Oui. Elle a fait l'objet d'expériences et de publications scientifiques, notamment les travaux de Daryl Bem et les nombreuses réplications qui ont suivi. Les résultats de cette littérature ne permettent toutefois pas de considérer la précognition comme scientifiquement démontrée. (PubMed)
La télépathie a-t-elle été étudiée en laboratoire ?
Oui. Les expériences Ganzfeld étudient depuis plusieurs décennies des situations dans lesquelles une personne tente d'identifier une information sans canal sensoriel conventionnel. Certaines méta-analyses rapportent un petit effet statistique, dont l'interprétation reste controversée. (PubMed Central (PMC))
Les animaux possèdent-ils un sixième sens ?
Certaines espèces disposent effectivement de capacités sensorielles absentes ou très différentes chez l'humain. La magnétoréception permet par exemple à diverses espèces d'utiliser le champ magnétique terrestre pour s'orienter. L'appeler « sixième sens » est séduisant, mais le terme scientifique approprié dépend du mécanisme considéré. (Nature)
Les animaux peuvent-ils prédire les séismes ?
Nous disposons de nombreux témoignages de comportements inhabituels, mais pas d'une méthode animale reproductible permettant de prédire un séisme. Certains animaux peuvent néanmoins détecter des signaux physiques avant que nous ne ressentions nous-mêmes la secousse. (USGS)
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